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Utiliser son Arva en urgence : chercher, sonder, garder la tête froide

Utiliser son Arva en urgence : chercher, sonder, garder la tête froide

Quand l'avalanche vient de s'arrêter, tout se joue en quelques minutes : voici comment utiliser son Arva en urgence, organiser la recherche et tenir son stress.

L'essentiel

  • Le temps est votre seul adversaire : les premières minutes après l'arrêt de la coulée valent plus que tout le matériel du sac.
  • Un ordre simple sauve du chaos : regarder, compter, basculer tous les appareils en recherche, désigner qui fait quoi.
  • La recherche se joue en trois phases : capter le signal, suivre la direction, puis affiner au sol avec méthode.
  • Le stress se gère par le geste : une respiration, une phrase dite à voix haute, une tâche à la fois.

utiliser son arva en urgence : les trois premières minutes

Il faut se dire une chose désagréable avant de partir : le jour où ça arrive, personne ne viendra vous aider. Les secours organisés mettent du temps à arriver, souvent bien au-delà de la fenêtre où l'on peut encore faire quelque chose. Les seuls sauveteurs disponibles, ce sont les gens qui skiaient avec vous il y a trente secondes, et qui viennent de voir la pente partir.

Cette fenêtre utile est courte. Les retours d'expérience situent la période la plus favorable dans les quinze premières minutes environ après l'ensevelissement, avant que le manque d'air et le froid ne prennent le dessus. Ces repères varient beaucoup selon la profondeur, la présence d'une poche d'air et les traumatismes, mais l'ordre de grandeur suffit à comprendre l'essentiel : vous avez le temps de faire une recherche propre, vous n'avez pas le temps d'hésiter dix minutes.

s'arrêter, regarder, compter

Le premier réflexe n'est pas d'allumer quoi que ce soit, c'est de regarder. Repérez le point de disparition de la personne emportée, et le point le plus bas où vous l'avez vue. Ces deux repères dessinent la zone de recherche probable, en général dans l'axe d'écoulement, sous le point de disparition. Prenez un amer fixe, un rocher, un arbre, un changement de pente, parce que dans deux minutes tout se ressemblera.

Puis comptez. Combien étiez-vous, combien reste-t-il debout, combien manque-t-il. Une recherche menée pour une victime alors qu'il y en avait deux, c'est l'erreur qui se paie le plus cher. Comptez à voix haute, en nommant les gens. Vérifiez aussi que la pente ne peut pas repartir sur vous : une plaque voisine encore chargée, une corniche au-dessus, et vous devenez le deuxième problème.

passer tout le monde en recherche

Tous les appareils des sauveteurs passent en mode recherche, sans exception. Un seul appareil resté en émission dans le groupe pollue toute la zone et fait perdre un temps considérable. Dites-le à voix haute, faites-le confirmer par chacun. Les téléphones, montres connectées, radios et batteries externes s'éloignent ou s'éteignent : ils perturbent la réception, surtout dans la phase finale.

Un seul chef de recherche parle. Ce n'est pas une question de hiérarchie, c'est une question de bruit : à trois voix qui donnent des ordres contradictoires, plus personne n'entend rien. Dans nos sorties à Première Trace, c'est un des rares moments où l'on demande le silence complet du groupe, parce qu'on a besoin d'entendre les bips et les consignes.

les trois phases de la recherche

recherche primaire : capter le signal

Vous balayez la zone de dépôt en tenant l'appareil devant vous, à hauteur de poitrine, sans le secouer. Si vous êtes plusieurs, étalez-vous en ligne et descendez la coulée en bandes parallèles, en gardant une largeur de bande d'environ la moitié de la portée annoncée par votre modèle, souvent aux alentours de vingt à trente mètres selon les appareils. Si vous êtes seul sauveteur, faites des lacets serrés dans l'axe de la coulée.

Regardez aussi le sol pendant que vous marchez. Un gant, un bâton, un ski qui dépasse : ces indices de surface indiquent souvent une direction, et parfois la victime elle-même. Les gens qu'on retrouve le plus vite sont ceux dont une main dépassait, et personne n'a besoin d'un appareil pour ça.

recherche secondaire : suivre la flèche

Dès que le signal apparaît, vous suivez la direction et la distance affichées. La règle qui coûte le plus de temps à apprendre est celle-ci : ne coupez pas au plus court. Les lignes de champ magnétique sont courbes, et l'appareil vous fait suivre une courbe. Si vous décidez d'aller tout droit vers l'endroit où vous croyez que la victime se trouve, vous perdez le signal et vous repartez de zéro.

Avancez à vitesse raisonnable, en marchant, pas en courant, et laissez à l'appareil le temps de réactualiser. Quand la distance descend sous trois mètres environ, ralentissez franchement et rapprochez l'appareil du sol. C'est là que la précipitation fait le plus de dégâts.

recherche fine : la croix au sol

À partir de deux ou trois mètres, on oublie la flèche et on travaille en croix, appareil à plat contre la neige, sans le tourner. Vous avancez lentement dans un axe jusqu'à trouver la valeur la plus faible, vous marquez ce point, puis vous repartez perpendiculairement pour refaire la même chose. Le minimum des deux axes donne le point de sondage. Un ski planté ou un bâton posé en croix évite de perdre ce point de vue quand on lâche l'appareil.

Les chiffres affichés dans cette phase ne sont pas une profondeur, mais une indication de proximité. Une valeur d'un mètre peut signifier une victime à un mètre de profondeur juste sous vous, ou légèrement décalée. C'est le sondage qui tranche, pas l'écran.

sonde et pelle : le vrai chronomètre

Beaucoup de gens s'entraînent à trouver le signal et s'arrêtent là. Or dans la plupart des recherches réelles, la localisation prend quelques minutes et le dégagement en prend deux à trois fois plus. C'est le pelletage qui décide de l'issue, pas la performance électronique.

sonder juste

La sonde s'enfonce perpendiculairement à la surface de la neige, pas verticalement, et par sondages en spirale autour du point marqué, espacés d'environ vingt-cinq centimètres. On sonde franchement, sans brutalité. Un contact avec un corps se reconnaît à une résistance molle et élastique, différente d'un rocher ou du sol dur. Quand la sonde touche, vous la laissez en place : elle devient le repère du pelletage et donne la profondeur.

pelleter en V, en partant d'en bas

L'erreur classique consiste à creuser un puits vertical juste sur la sonde. On arrive au sommet du crâne sans pouvoir dégager les voies respiratoires, et on se retrouve à travailler à genoux dans un trou trop étroit, en pelletant vers le haut. Le bon geste est d'attaquer en aval de la sonde, à une distance d'environ une fois et demie la profondeur estimée, et de dégager une rampe qui remonte vers la victime. La neige évacuée part vers le bas, avec la pente.

À deux ou trois pelles, organisez-vous : un devant qui casse et dégage, les autres qui évacuent derrière, avec rotation régulière parce que pelleter de la neige d'avalanche épuise en quelques minutes. Dès que vous approchez, ralentissez et travaillez à la main autour de la tête pour ne pas blesser et pour repérer une éventuelle poche d'air, information utile pour les secours.

Bon à savoir

  • Un appareil se porte sous une couche de vêtement, sangle serrée, jamais dans une poche de sac ou de pantalon souple.
  • Changez les piles quand la charge descend sous un seuil indiqué par le fabricant, souvent aux alentours de quarante pour cent, et sortez-les à la fin de la saison.
  • Vérifiez émission et réception de tout le groupe au départ, en deux minutes, avant la première montée.
  • Sonde et pelle ne se prêtent pas, ne se laissent pas à la voiture et ne se remplacent pas par un ski.

comment gérer son stress quand l'avalanche est arrivée ?

C'est la partie dont on parle le moins, et c'est celle qui fait la différence. Ce qui se passe dans le corps est prévisible : le cœur monte très haut, les mains tremblent, le champ visuel se rétrécit, l'audition se déforme et le temps se dilate. Des sauveteurs racontent avoir cru chercher pendant vingt minutes alors qu'ils en avaient mis six. D'autres se souviennent d'avoir manipulé leur appareil sans comprendre ce qu'ils lisaient, alors qu'ils l'utilisaient correctement à l'entraînement la semaine précédente.

le corps avant la tête

On ne se raisonne pas dans cet état, on se régule par le corps. Trois respirations lentes, en expirant plus longuement qu'en inspirant, suffisent souvent à faire redescendre assez de tension pour lire un écran. Posez les pieds à plat, relâchez les épaules, desserrez la mâchoire. Cela paraît anecdotique écrit à froid. Sur le terrain, c'est la différence entre voir la flèche et ne pas la voir.

Ensuite, une tâche à la fois, énoncée avant d'être exécutée. « Je marche jusqu'à trois mètres. » « Je passe en croix. » « Je sonde. » Ce commentaire à voix haute occupe la partie du cerveau qui, sinon, part imaginer le pire, et il informe les autres de ce que vous faites.

parler fort, parler simple

Des phrases courtes, des noms propres, une information par phrase. « Marion, tu prends la pelle. » « Julien, tu sondes avec moi. » Les longues explications ne passent pas dans ces conditions. Et si quelqu'un du groupe est totalement sidéré, immobile, donnez-lui une tâche concrète et simple, tenir un repère, préparer une pelle, appeler les secours. Une main occupée redevient utile plus vite qu'une main qu'on rassure.

L'appel aux secours, justement, se délègue si vous êtes assez nombreux, mais il ne remplace jamais la recherche et ne la retarde pas. Si vous êtes deux, cherchez d'abord, appelez quand la victime est localisée et que le pelletage est lancé.

les cas qui compliquent tout

plusieurs victimes

Avec deux personnes ensevelies et plusieurs sauveteurs, on partage la zone et on traite les signaux séparément. Les appareils modernes savent marquer un signal trouvé pour passer au suivant, mais cette fonction demande de l'entraînement et se comporte mal quand les victimes sont très proches. Si vous n'avez jamais utilisé le marquage, ne le découvrez pas ce jour-là : dégagez la première victime, puis reprenez une recherche complète.

vous êtes seul survivant

C'est le scénario le plus dur, et il arrive. Vous faites tout, dans l'ordre, sans sauter d'étape : repères visuels, appareil en recherche, lacets serrés, croix, sonde, pelle. Personne ne vous relaiera à la pelle, donc économisez-vous, respirez, travaillez régulièrement plutôt que par à-coups. Prévenez les secours dès que vous avez localisé, en donnant une position claire.

le matériel qui ne coopère pas

Un appareil qui affiche des valeurs incohérentes, une sonde qui se coince dans son élastique gelé, une pelle mal montée : cela arrive, surtout par grand froid. D'où l'intérêt de connaître son propre matériel par le geste, gants aux mains, et de l'avoir monté et démonté assez souvent pour le faire sans réfléchir.

s'entraîner pour que le geste tienne sous la pression

Une recherche complète, du signal au dégagement, s'entraîne en une petite heure sur un replat, avec un sac enterré à cinquante centimètres. Faites-le en début de saison, puis une ou deux fois dans l'hiver. Chronométrez, non pas pour la performance, mais pour découvrir où le temps se perd, et ce n'est presque jamais là où on l'imagine.

L'autre moitié du travail se fait avant de mettre les peaux, dans le choix de l'itinéraire et la lecture des conditions. Savoir décoder le bulletin, reconnaître une pente chargée par le vent, choisir un horaire : c'est ce qui fait qu'on n'a jamais à sortir la pelle. Nous en parlons plus longuement dans notre article sur la lecture du bulletin d'estimation du risque, qui reste le premier outil de sécurité de la journée.

Manipuler un appareil sous le regard de quelqu'un qui corrige les gestes fait gagner des années sur l'apprentissage solitaire. C'est ce que nous travaillons en petit groupe lors des journées d'initiation au ski de randonnée, où la recherche fait partie du programme et pas d'une annexe théorique.

Enfin, un mot sur le matériel de base : un équipement adapté et léger vous laisse plus de lucidité et de force en fin de journée, moment où se produisent beaucoup d'accidents. Si vous démarrez, le point de départ reste le choix de vos premiers skis de randonnée, avant les accessoires.

Questions frequentes

Arva ou DVA, est-ce la même chose ?

Oui, dans l'usage courant. Arva est une marque devenue nom commun, DVA signifie détecteur de victimes d'avalanche. Les appareils actuels émettent et reçoivent tous sur la même fréquence normalisée, donc les modèles de marques différentes se retrouvent entre eux sans problème.

Combien de temps ai-je vraiment pour retrouver quelqu'un ?

Les repères disponibles situent la période la plus favorable dans les quinze premières minutes environ, avec une chance qui diminue nettement ensuite. Ce sont des ordres de grandeur, très variables selon la profondeur, la poche d'air et les blessures. La conclusion pratique ne change pas : on cherche tout de suite, sans attendre les secours.

Faut-il éteindre son téléphone pendant la recherche ?

L'éteindre ou l'éloigner de l'appareil, oui, surtout pendant la recherche fine, car il peut brouiller la réception. Gardez-en un allumé dans le groupe, porté par la personne chargée de l'alerte, et à bonne distance de celui qui manipule le détecteur.

Mon appareil suffit-il si je pars seul ?

Seul, votre appareil ne sert qu'à être retrouvé, et encore faut-il que quelqu'un passe par là avec le matériel et le réflexe. Le ski de randonnée en terrain avalancheux se pratique à plusieurs, avec des compagnons formés qui savent chercher. C'est moins une règle de sécurité qu'une condition d'exercice.

À quelle fréquence dois-je m'entraîner ?

Un exercice complet en début de saison, puis un ou deux rappels dans l'hiver, suffisent à garder les gestes disponibles. Comptez à peu près une heure par séance. Les groupes qui font mieux sont ceux qui transforment ça en habitude collective plutôt qu'en obligation.

Le sac airbag remplace-t-il le détecteur ?

Non. Il augmente les chances de rester en surface, ce qui est précieux, mais il ne remplace ni l'appareil, ni la sonde, ni la pelle, ni la compétence du groupe. Et il ne dispense évidemment pas d'éviter la pente qui pose problème.

Ce qu'il faut retenir

Un Arva ne sauve personne tout seul. Ce qui sauve, c'est un groupe qui vérifie ses appareils au départ, qui sait où il met les skis, et qui a répété assez souvent la séquence regarder, compter, chercher, sonder, pelleter pour la dérouler avec les mains qui tremblent.

Sortez votre matériel avant la prochaine sortie, montez la sonde et la pelle avec les gants, enterrez un sac dans un replat et refaites le geste en entier, chronomètre en main. Puis parlez-en à vos compagnons de course : la recherche est une compétence collective, et elle vaut ce que vaut le membre du groupe le moins entraîné.

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